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Profils & façons d’apprendre

Profils atypiques à l'école : ce que la science dit de la neurodiversité

La métaphore du poisson jugé sur sa capacité à escalader un arbre est souvent attribuée à Einstein, sans source solide. Elle reste utile si on ne la transforme pas en diagnostic : une évaluation peut révéler certaines compétences et en masquer d'autres.

Par Yoann ElmohsineMis à jour le 29 août 2026Méthode éditoriale
Être différent dans un système uniforme

À retenir

  • Le haut potentiel, le TDAH et les troubles dys sont des réalités différentes : aucun de ces termes ne suffit à prédire les notes d'un élève.
  • Adapter un cours à un prétendu style visuel ou auditif n'a pas montré le bénéfice attendu ; varier les représentations peut toutefois aider toute la classe.
  • Des aménagements ciblés réduisent certains obstacles, en complément d'un enseignement explicite et, si nécessaire, d'une évaluation professionnelle.

Des élèves brillants en situation d'échec

Il y a un paradoxe que la recherche connaît bien mais que l'école a du mal à accepter : des élèves brillants qui ont des mauvaises notes.

La « sous-performance » des élèves identifiés comme à haut potentiel dépend de la définition du potentiel, du seuil scolaire retenu et du contexte. Il n'existe pas un chiffre universel permettant de dire que la moitié échoue.

Haut potentiel, TDAH et troubles spécifiques des apprentissages ne sont pas interchangeables. « Hypersensible » ou « pensée en arborescence » ne sont pas non plus des diagnostics cliniques. Une même note faible peut avoir des causes très différentes : difficulté précise, ennui, anxiété, santé, contexte social ou méthodes de travail.

Le cadre scolaire peut créer ou réduire des obstacles. Cela n'empêche pas d'identifier avec l'élève les compétences à enseigner et les aides à évaluer.

Élève au profil atypique cherchant sa place dans le système scolaire
Trouver sa place

Le mythe des styles d'apprentissage (et ce qui compte vraiment)

On entend souvent : "il est visuel", "elle est auditive", "il a besoin de bouger pour apprendre". Et ça part d'une bonne intention, reconnaître que tout le monde n'apprend pas pareil.

Sauf que la science est assez claire là-dessus. Pashler et ses collègues ont publié en 2008 une revue majeure dans Psychological Science in the Public Interest : il n'y a quasiment aucune preuve que matcher l'enseignement au "style d'apprentissage" de l'élève améliore quoi que ce soit.

Les enquêtes montrent que le mythe reste répandu chez des enseignants, avec des proportions variables selon les échantillons. Un pourcentage isolé ne doit pas être généralisé à tous les professionnels.

Alors qu'est-ce qui compte vraiment ?

Ce qui aide dépend de l'obstacle : expliciter une consigne, proposer plusieurs exemples, accorder un aménagement documenté, enrichir une tâche ou enseigner une stratégie. Reis et McCoach (2000) passent en revue des pistes pour la sous-performance des élèves à haut potentiel, sans garantir qu'un changement de cadre suffira toujours.

Diversité des intelligences et des talents chez les jeunes
La richesse de la différence

Ce que ça veut dire concrètement

Si tu es élève et que tu te retrouves pas dans le système, que tes notes ne reflètent pas ce que tu sais, que tu t'ennuies ou que tu décroches alors que t'es loin d'être bête...

Une note ne résume pas tes capacités. Demande ce que l'évaluation mesurait exactement, repère l'obstacle et cherche l'appui adapté. Si les difficultés persistent ou concernent plusieurs domaines, parle-en à un adulte et à un professionnel qualifié plutôt que de t'auto-diagnostiquer.

Si tu es parent et que votre enfant a "du potentiel mais ne travaille pas"...

Regardez à la fois le cadre et les besoins de l'enfant. Demandez des exemples de travaux, échangez avec l'équipe éducative et sollicitez un bilan professionnel lorsqu'il est indiqué.

Si tu es enseignant...

Tu le sais déjà, au fond. Tu as ces élèves-là dans ta classe. Ceux dont tu sens qu'ils sont brillants mais que les notes ne le montrent pas. La question, ce n'est pas de tout individualiser, c'est impossible avec 35 élèves. C'est de créer un cadre assez souple pour que les poissons, les oiseaux et les singes puissent tous montrer ce qu'ils savent faire.

Sources

  1. Chen, Y., Li, R. & Liu, X. (2024). « Unpacking the underachievement of gifted students ». Heliyon, 10(18).Étude empiriqueGoogle Scholar
  2. Pashler, H. et al. (2008). « Learning Styles: Concepts and Evidence ». Psychological Science in the Public Interest, 9(3), 105-119.Étude empiriqueGoogle Scholar
  3. Rogowsky, B.A. et al. (2020). « Providing Differentiated Instruction ». Frontiers in Education.Étude empiriqueGoogle Scholar
  4. Reis, S.M. & McCoach, D.B. (2000). « The Underachievement of Gifted Students ». Gifted Child Quarterly, 44(3), 152-170.Étude empiriqueGoogle Scholar

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