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💪 Confiance en soi & Motivation

La confiance en soi au lycée : comment la (re)construire

"Je suis nul." C'est peut-être la phrase la plus prononcée dans les lycées de France. Et le pire, c'est que la plupart des élèves qui la disent y croient. Pas parce que c'est vrai. Mais parce qu'à force de recevoir des mauvaises notes, des remarques, des soupirs exaspérés... le cerveau finit par l'intégrer comme un fait.
Publié le Mis à jour le par Yoann Elmohsine

En bref

  • L'auto-efficacité ("je peux y arriver") est le prédicteur psychosocial le plus puissant de la réussite scolaire, plus que le QI.
  • Les notes traditionnelles n'améliorent pas la motivation, elles augmentent l'anxiété et poussent les élèves à éviter les défis.
  • Féliciter l'effort plutôt que l'intelligence, accueillir l'erreur, créer des petites victoires : c'est comme ça qu'on reconstruit la confiance.
Adolescent confiant et déterminé

L'auto-efficacité : le vrai moteur de la réussite

Albert Bandura a posé un concept il y a des décennies qui reste l'un des plus puissants en psychologie de l'éducation : le sentiment d'efficacité personnelle. En gros : "est-ce que je crois que je peux y arriver ?"

Richardson, Abraham et Bond (2012) ont fait une méta-analyse de plus de 100 études. Résultat : l'auto-efficacité est le prédicteur psychosocial le plus puissant de la réussite scolaire. Plus que la motivation. Plus que les habitudes d'étude. Plus que le QI.

C'est vertigineux quand on y pense. Ça veut dire que ce qu'un élève croit de lui-même est plus déterminant que ce qu'il sait.

Et Talsma et ses collègues (2018) ont confirmé que la relation est réciproque : la réussite renforce la confiance, qui renforce la réussite. Mais le chemin le plus fort va de la réussite passée vers la confiance. Autrement dit : pour qu'un élève croie en lui, il faut qu'il vive des petites victoires. Pas qu'on lui dise "crois en toi". Qu'il expérimente le succès.

Élève fier de sa réussite, le sentiment d'efficacité personnelle en action

Le problème des notes

Deci, Koestner et Ryan (2001) ont montré quelque chose que beaucoup d'enseignants ressentent intuitivement : les notes traditionnelles (A-F, 0-20) n'améliorent pas la motivation pour apprendre. Elles augmentent l'anxiété. Elles poussent les élèves à éviter les cours difficiles. Elles encouragent la comparaison et la compétition au lieu de l'apprentissage.

Et Tine et Butler (2019) ont montré que les mauvaises notes en maths prédisent une baisse d'estime de soi, qui prédit à son tour une augmentation des problèmes émotionnels. La relation est bidirectionnelle : les mauvaises notes détruisent la confiance, le manque de confiance empire les notes.

C'est un cercle vicieux. Et une fois qu'un élève est dedans, c'est très difficile d'en sortir sans intervention.

Seligman et Maier l'avaient identifié dès 1967 : l'impuissance apprise. Quand un être vivant apprend par l'expérience que ses actions ne mènent à rien, il arrête d'essayer. Même quand la situation change. Même quand la solution est juste là.

"Je suis nul en maths" n'est pas un constat. C'est de l'impuissance apprise. Et ça se déconstruit.

Adolescent qui reprend confiance, la progression comme moteur de motivation

Ce que ça veut dire concrètement

Si tu es élève et que tu te dis "je suis nul"...

C'est pas un fait. C'est une croyance construite par des expériences passées. Et les croyances, ça se change. Pas d'un coup, pas avec une phrase inspirante sur Instagram. Avec des petites victoires. Un exercice réussi. Une notion comprise. Un "ah, en fait c'est ça" qui allume quelque chose.

Si tu es parent...

Félicitez l'effort, pas le résultat. "T'as bossé dur, ça se voit" vaut mille fois plus que "t'as eu 15, bien joué". Et quand les notes sont mauvaises, cherchez la petite chose qui a avancé plutôt que ce qui a raté.

Si tu es enseignant...

Créer des situations où CHAQUE élève peut vivre une petite victoire (même petite, même partielle) c'est le levier le plus puissant pour reconstruire la confiance. La recherche est sans ambiguïté là-dessus. Les 10 minutes les plus utiles de votre cours sont peut-être celles où un élève se dit : "j'ai compris un truc".

Sources

  • Richardson, M., Abraham, C. & Bond, R. (2012). “Psychological correlates of university students' academic performance: A systematic review and meta-analysis”. Psychological Bulletin, 138(2), 353-387.
  • Talsma, K. et al. (2018). “I believe, therefore I achieve: A meta-analytic cross-lagged panel analysis of self-efficacy and academic performance”. Learning and Individual Differences, 61, 136-150.
  • Deci, E.L., Koestner, R. & Ryan, R.M. (2001). “Extrinsic Rewards and Intrinsic Motivation in Education: Reconsidered Once Again”. Review of Educational Research, 71(1), 1-27.
  • Tine, M. & Butler, A.G. (2019). “School grades as predictors of self-esteem and changes in internalizing problems”. Journal of Applied Developmental Psychology, 64.
  • Seligman, M.E.P. & Maier, S.F. (1967). “Failure to escape traumatic shock”. Journal of Experimental Psychology, 74(1), 1-9.

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