Aller au contenu principal
💪 Confiance en soi & Motivation

"Je suis nul en maths", comment déconstruire cette croyance

"Moi les maths c'est pas mon truc." "J'ai toujours été nul en maths." Tu l'as peut-être dit. Ou entendu dix fois cette semaine. C'est devenu une phrase banale, un genre d'identité qu'on se colle et qui nous dispense d'essayer. Sauf que ce que tu dis à ton cerveau, il finit par y croire. Et après, c'est ton corps qui suit.
Publié le par Yoann Elmohsine

En bref

  • Une mauvaise note en maths prédit une baisse d'estime de soi, qui prédit à son tour plus de problèmes émotionnels (Tine & Butler, 2019). Cercle vicieux.
  • L'anxiété mathématique déclenche une vraie réponse de stress (cortisol, mémoire de travail saturée) et tu sais physiologiquement moins bien ce que tu sais.
  • "Je suis nul en maths" = impuissance apprise. Ça se déconstruit avec des micro-victoires, pas avec de la volonté ou des encouragements génériques.
Adolescent face à un problème de maths, moment d'anxiété mathématique

Ce qui se passe quand tu te dis "je suis nul"

Tine et Butler ont publié en 2019 dans le Journal of Applied Developmental Psychology une étude qui a mesuré un lien que beaucoup sentent intuitivement, mais qui fait quand même froid dans le dos quand on voit le chiffre. Les mauvaises notes en maths prédisent une baisse d'estime de soi, qui prédit à son tour une augmentation des problèmes émotionnels. La relation est bidirectionnelle.

Autrement dit : les mauvaises notes détruisent la confiance, et le manque de confiance empire les notes. Et ça se passe vite.

C'est un cercle vicieux. Et une fois qu'un élève est dedans, c'est très difficile d'en sortir sans intervention.

Seligman et Maier l'avaient identifié dès 1967. Ils ont nommé ça l'impuissance apprise. Quand un être vivant apprend, par l'expérience, que ses actions ne mènent à rien, il arrête d'essayer. Même quand la situation change. Même quand la solution est juste là.

"Je suis nul en maths" n'est pas un constat. C'est de l'impuissance apprise. Et les croyances, ça se change.

Pas d'un coup. Pas avec une phrase inspirante. Avec des expériences nouvelles qui contredisent doucement la vieille croyance.

Élève qui déconstruit sa croyance, le chemin de la confiance retrouvée

L'anxiété mathématique : pas dans la tête

Il y a un truc que beaucoup de profs remarquent et qui déroute : un élève qui comprend un exercice chez lui, et qui bloque sur le même en contrôle. On dit qu'il "stress". On pense que c'est mental. Les neurosciences disent autre chose.

Schwabe et ses collègues ont publié en 2012 dans Neuroscience & Biobehavioral Reviews une revue qui a montré que les hormones du stress détériorent le cortex préfrontal et l'hippocampe : exactement les deux zones dont on a besoin pour faire des maths. Raisonner, séquencer, garder une info en mémoire de travail. Tout ça devient plus difficile sous stress.

C'est pas une opinion. Ton cerveau est occupé à gérer ta panique. Pas à faire des maths.

Et Richardson, Abraham et Bond (2012) ont publié une méta-analyse qui a identifié le sentiment d'efficacité personnelle comme le prédicteur psychosocial le plus puissant de la réussite scolaire. Plus que la motivation. Plus que le QI. Juste : est-ce que je crois que je peux y arriver ?

"Je suis nul en maths" attaque directement ce sentiment. Et Deci, Koestner et Ryan (2001) ont montré que les notes traditionnelles n'améliorent pas la motivation, elles augmentent l'anxiété et poussent les élèves à éviter les défis. Double peine.

Adolescent qui reprend confiance en maths avec des micro-victoires

Ce que ça veut dire concrètement

Si tu es élève et que tu te dis "je suis nul en maths"...

C'est pas un fait. C'est une croyance construite par des expériences passées. Et les croyances, ça se change. Commence par un truc très simple : arrête de dire "je suis nul". Dis à la place "j'ai pas encore compris". Ton cerveau fait une différence entre les deux. Cherche ensuite une micro-victoire. Un exercice réussi. Une notion comprise. Ce petit déclic là, c'est le carburant qui amorce le retour.

Si tu es parent...

Ne répétez pas "tu peux y arriver" avec un sourire quand votre ado rentre avec 6/20. Ça sonne faux. Cherchez avec lui la petite chose qui a avancé. Un raisonnement qui tenait debout, même sans la bonne réponse finale. C'est là qu'il y a de la matière pour reconstruire.

Si tu es enseignant...

Créer des situations où chaque élève peut vivre une petite victoire en maths : même partielle, même modeste, c'est le levier le plus puissant pour déconstruire "je suis nul". Pas parce que la victoire efface les échecs. Parce qu'elle crée une faille dans la croyance, et que par cette faille le cerveau peut recommencer à essayer. La recherche est sans ambiguïté là-dessus.

Sources

  • Tine, M. & Butler, A.G. (2019). “School grades as predictors of self-esteem and changes in internalizing problems”. Journal of Applied Developmental Psychology, 64.
  • Seligman, M.E.P. & Maier, S.F. (1967). “Failure to escape traumatic shock”. Journal of Experimental Psychology, 74(1), 1-9.
  • Schwabe, L. et al. (2012). “Stress effects on memory: An update and integration”. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 36(7), 1740-1749.
  • Richardson, M., Abraham, C. & Bond, R. (2012). “Psychological correlates of university students' academic performance: A systematic review and meta-analysis”. Psychological Bulletin, 138(2), 353-387.
  • Deci, E.L., Koestner, R. & Ryan, R.M. (2001). “Extrinsic Rewards and Intrinsic Motivation in Education: Reconsidered Once Again”. Review of Educational Research, 71(1), 1-27.

Le Sensei est là si tu veux aller plus loin. Découvrir le blog · Découvrir Azera

Continuer la lecture

Azera utilise des cookies strictement nécessaires au fonctionnement du site. Avec ton accord, nous utilisons aussi des cookies d’analyse pour améliorer ton expérience (Sentry pour les erreurs, PostHog pour l’usage). Aucune donnée personnelle n’est vendue ou partagée. Tu peux changer d’avis à tout moment dans les paramètres.