Un phénomène réel, difficile à mesurer
Reis et McCoach (2000), dans Gifted Child Quarterly, ont publié la revue de référence sur ce qu'on appelle le "underachievement" des élèves à haut potentiel.
Les estimations varient fortement parce que les chercheurs ne définissent pas tous de la même manière le haut potentiel, le niveau attendu ni la sous-réalisation. Une fourchette ancienne ne doit donc pas devenir une statistique générale sur tous les élèves HPI.
La littérature confirme surtout l'hétérogénéité des parcours. Certains élèves réussissent, d'autres rencontrent un décalage temporaire ou durable. Ce décalage peut devenir visible lorsque les exigences de méthode augmentent, mais il n'existe pas de trajectoire HPI unique.
Un élève qui a longtemps réussi sans stratégie explicite peut être déstabilisé lorsque le travail devient plus complexe. Cette hypothèse est utile seulement si elle correspond à ce qu'il vit réellement.

Pourquoi ça bascule
Subotnik, Olszewski-Kubilius et Worrell (2011) ont publié dans Psychological Science in the Public Interest une synthèse qui fait autorité : l'identification HP ne suffit pas, le développement du talent dépend de facteurs psychosociaux.
Concrètement, trois mécanismes reviennent dans la littérature :
1. Un défi mal ajusté. Une tâche trop répétitive peut nourrir l'ennui ; une tâche trop difficile sans méthode peut produire du découragement. Il faut observer ce qui se passe au lieu d'attribuer automatiquement le retrait au haut potentiel.
2. La peur d'échouer. Certains élèves ont associé leur valeur au fait de réussir facilement. Apprendre à demander de l'aide et à analyser une erreur devient alors un objectif en soi.
3. Les difficultés associées. Anxiété, TDAH, trouble des apprentissages, sommeil ou contexte relationnel peuvent peser sur le parcours. Une étiquette HPI ne doit jamais empêcher leur évaluation.

Ce qui renverse la pente
Reis et McCoach, dans des travaux ultérieurs, ont identifié trois leviers qui marchent vraiment :
1. Un défi calibré. Davantage d'exercices identiques ne répond pas forcément au besoin. Enrichissement, approfondissement ou accélération peuvent produire des bénéfices scolaires pour certains élèves lorsqu'ils sont correctement indiqués et accompagnés.
2. Un adulte qui regarde au-delà des notes. Le cadre de développement des talents de Subotnik et ses collègues insiste sur la durée, les occasions d'apprendre et les facteurs psychosociaux. Il ne promet pas qu'un mentor suffira à transformer le parcours.
3. Reconstruire la capacité à travailler. L'élève HP en échec a typiquement un déficit de "fonctions exécutives" appliquées au scolaire : planifier, s'organiser, persévérer face à un blocage. Ce sont des compétences qui s'apprennent, à tout âge, avec un cadre.
L'élève HPI qui décroche n'est ni un "génie incompris" automatique ni un cerveau à rallumer. C'est une personne dont il faut comprendre les obstacles, les ressources et les besoins actuels.



