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🧠 Neurosciences & Apprentissage

Pourquoi le stress bloque l'apprentissage

Un élève qui te regarde avec les yeux grands ouverts pendant toute l'explication. Qui hoche la tête. Qui a l'air de suivre. Et qui, quand tu lui demandes de refaire l'exercice, te dit : "J'ai rien retenu." C'est pas un problème d'attention. C'est un problème de système nerveux.
Publié le Mis à jour le par Yoann Elmohsine

En bref

  • Le stress bascule le cerveau dans un mode d'apprentissage rigide, le cortisol détériore le cortex préfrontal et l'hippocampe.
  • Un élève en état de stress n'a physiologiquement pas accès à la réflexion, la mémoire et la compréhension.
  • Créer de la sécurité dans l'environnement d'apprentissage n'est pas un luxe, c'est un prérequis neurologique.
Élève stressé devant ses cahiers

Pourquoi le stress bloque l'apprentissage

On a tendance à penser que l'apprentissage, c'est une question de volonté. Tu t'assois, tu te concentres, tu retiens.

Sauf que le cerveau, ça marche pas comme ça.

En 2016, Vogel et Schwabe ont publié une étude dans npj Science of Learning qui a montré quelque chose de fascinant : le stress bascule le cerveau dans un mode d'apprentissage rigide. Au lieu de comprendre en profondeur, de faire des liens, de raisonner... le cerveau passe en mode "stimulus-réponse". Du par cœur, du réflexe. Pas de la compréhension.

Et c'est pas tout. Schwabe et son équipe avaient déjà montré en 2012 que les hormones du stress (le cortisol, les catécholamines) détériorent les deux zones du cerveau dont on a le plus besoin pour apprendre : le cortex préfrontal (la réflexion, la planification) et l'hippocampe (la mémoire).

Tu vois ce que ça veut dire ?

L'élève qui est stressé en classe, celui qui a peur de se tromper, celui qui sent que le prof va le juger, celui qui a la boule au ventre en entrant dans la salle... son cerveau est physiologiquement fermé à l'apprentissage. Et aucune pédagogie au monde ne peut forcer cette porte.

Adolescent anxieux face à ses examens, l'impact du cortisol sur la mémoire

Le système nerveux autonome : la clé que l'école ne connaît pas

Stephen Porges, un chercheur américain, a développé ce qu'on appelle la théorie polyvagale. Et ça change complètement la manière de voir ce qui se passe en classe.

En gros, notre système nerveux évalue en permanence (de manière totalement inconsciente) si notre environnement est sécure ou dangereux. C'est ce que Porges appelle la "neuroception".

Et il y a trois états possibles :

1. L'état ventral vagal : sécurité. Le corps est calme. Le cerveau est disponible. L'élève peut réfléchir, créer des liens, prendre des risques intellectuels. C'est l'état d'apprentissage.

2. L'état sympathique : alerte. Le corps se prépare à fuir ou se battre. L'élève s'agite, se ferme, ou devient agressif. Il a l'air de "ne pas vouloir travailler". En réalité, son corps est en mode survie.

3. L'état dorsal vagal : effondrement. Le corps se fige. L'élève a les yeux ouverts mais n'est plus là. Il "décroche". On croit qu'il s'ennuie. En fait, il s'éteint.

Tu vois ce que ça change ?

La moitié de ce qu'on interprète comme de la paresse, du désintérêt ou un manque d'intelligence... c'est un système nerveux en mode survie.

Élève soulagé après avoir compris, quand le cerveau retrouve sa capacité d'apprentissage

Ce que ça veut dire concrètement

Si tu es élève et que tu sens que tu bloques, que tu relis ton cours 3 fois et que rien ne rentre, que tu paniques avant un contrôle, que tu as l'impression d'être "nul" alors que t'es pas bête...

C'est peut-être pas toi le problème. C'est peut-être ton système nerveux qui dit : "je suis pas en sécurité là, je ferme tout."

Si tu es parent et que votre enfant "ne travaille pas", "ne fait pas d'efforts", "n'écoute pas"...

Demandez-vous s'il se sent en sécurité. Pas physiquement. Émotionnellement. Est-ce qu'il a peur de se tromper ? Peur d'être jugé ? Peur de décevoir ?

Si tu es enseignant et que tu as des élèves qui décrochent, qui semblent absents, qui ne retiennent rien malgré tes efforts...

Ce n'est peut-être pas un problème de pédagogie. C'est peut-être un problème d'ambiance. De posture. De relation.

Une méta-analyse de Durlak et son équipe (2011) a analysé 213 programmes d'apprentissage socio-émotionnel, couvrant plus de 270 000 élèves. Résultat : ces programmes améliorent la régulation émotionnelle, réduisent la détresse, et augmentent la réussite scolaire de 11 points de percentile.

Onze points. Juste en créant les conditions pour que le système nerveux soit en sécurité. Pas en ajoutant du contenu. En changeant le cadre.

Sources

  • Vogel, S. & Schwabe, L. (2016). “Learning and memory under stress: implications for the classroom”. npj Science of Learning, 1, 16011.
  • Schwabe, L. et al. (2012). “Stress effects on memory: An update and integration”. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 36(7).
  • Porges, S.W. (2011). “The Polyvagal Theory”. W.W. Norton.
  • Porges, S.W. (2004). “Neuroception: A Subconscious System for Detecting Threats and Safety”. Zero to Three, 24(5), 19-24.
  • Durlak, J.A. et al. (2011). “The impact of enhancing students' social and emotional learning”. Child Development, 82(1), 405-432.

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