Pourquoi relire ne marche presque pas
Karpicke et Blunt (2011) ont publié dans Science une expérience qui devrait être affichée dans toutes les salles de classe.
Ils ont comparé quatre méthodes de révision sur le même texte : relire plusieurs fois, faire des cartes conceptuelles, ou se tester (réécrire de mémoire ce qu'on a retenu). Quand on demande aux étudiants quelle méthode leur a semblé la plus efficace, ils répondent la relecture. Ils ont l'impression de savoir.
Une semaine plus tard, quand on teste pour de vrai ce qu'ils ont retenu : la pratique récupérative écrase tout le reste, +50% de rétention par rapport à la relecture, et +44% par rapport aux cartes conceptuelles.
Le piège, c'est que pendant la relecture le cerveau a l'illusion de la fluidité. Comme tout te semble familier, tu penses connaître. Sauf que reconnaître n'est pas se souvenir. Et le jour du contrôle, on demande de se souvenir.

L'effet de test et la pratique récupérative
L'étude fondatrice, c'est Roediger et Karpicke (2006) dans Psychological Science. Ils l'ont appelée "the power of testing".
Trois groupes d'étudiants étudient le même texte. Groupe 1 : ils relisent, point. Groupe 2 : ils étudient puis se testent une fois. Groupe 3 : ils étudient puis se testent trois fois. Au test final, une semaine plus tard, le groupe qui s'était le plus testé a obtenu le double de la rétention du groupe qui a juste relu.
Pourquoi ça marche ? Parce que l'acte de récupérer une information renforce la trace mnésique bien plus que de la relire passivement. Roediger appelle ça "la mémoire comme exercice" : sortir un souvenir du cerveau muscle ce souvenir.
La méta-analyse de Rowland (2014), qui agrège 159 études et plus de 23 000 participants, confirme l'effet à grande échelle : la pratique récupérative améliore la mémorisation à long terme avec une taille d'effet considérable (d ≈ 0,5), tous formats confondus (textes, vocabulaire, schémas, vidéos).

Espacer ses révisions : la deuxième moitié de la méthode
Se tester, c'est bien. Se tester sur plusieurs jours, c'est encore mieux.
Cepeda et al. (2008) ont publié une expérience massive dans Psychological Science portant sur 1 354 participants et 26 plannings d'espacement différents. Conclusion : pour retenir une information jusqu'à un test situé dans X jours, l'espacement optimal entre deux révisions est environ 10 à 20% de l'intervalle.
Ce qui veut dire : pour un contrôle dans 10 jours, espace tes révisions de 1 ou 2 jours. Pour un bac dans 6 mois, espace-les de 3 à 4 semaines. Plus l'enjeu est lointain, plus tu peux espacer.
Et Dunlosky et al. (2013) ont publié dans Psychological Science in the Public Interest une revue commandée à l'attention des décideurs éducatifs : sur 10 techniques de révision passées au crible, seules deux obtiennent le label d'utilité maximale : la pratique récupérative et l'espacement. Surligner, relire, recopier au propre, faire un résumé verbal : utilité faible à très faible.
Concrètement, pour un lycéen, ça donne ça : trois petites sessions de 25 minutes étalées sur trois jours, où à chaque session tu te poses des questions sur ce que tu as révisé la fois d'avant. C'est ennuyeux, c'est inconfortable, ça te donne l'impression d'oublier. C'est précisément pour ça que ça marche.
