Ce que dit la recherche
Le baromètre DEPP réalisé en novembre 2025 estime que 4% des collégiens et 2% des lycéens se trouvent en situation de harcèlement selon le croisement des atteintes répétées et d'une perception négative de la vie scolaire. Ces chiffres dépendent de l'outil utilisé et ne résument pas toutes les situations. Olweus a proposé trois repères devenus classiques : répétition, intention de nuire et asymétrie de pouvoir.
Cette asymétrie est centrale. Ce n'est pas un conflit entre deux ados qui se chamaillent. C'est une situation dans laquelle l'un, ou un groupe, a structurellement plus de pouvoir, et l'utilise sur quelqu'un qui ne peut pas se défendre. Cette précision change la lecture : si ton ado te dit "c'est juste pour rigoler", la question à se poser, c'est "qui rit ?".
Hinduja et Patchin (2018) observent une association entre la sévérité du harcèlement, le cyberharcèlement et le risque suicidaire. Cette étude ne permet pas d'attribuer une multiplication universelle du risque à une seule cause. Elle rappelle surtout qu'une souffrance exprimée ou un propos suicidaire exige une réponse adulte immédiate.

Les signaux faibles à connaître
Aucun signe pris isolément n'est concluant. C'est l'accumulation qui doit alerter.
Corps. Maux de ventre récurrents le matin, surtout le dimanche soir. Sommeil perturbé. Perte ou prise d'appétit brutale. Affaires personnelles régulièrement "perdues" ou "cassées".
École. Baisse soudaine et inexpliquée des notes. Refus d'aller à un cours précis. Évitement des récréations (l'ado reste avec les profs, ou aux toilettes). Demande de changement d'établissement sans raison claire.
Social. Plus d'invitations, plus d'amis évoqués à la maison. Anniversaire où "personne n'est venu". Sur les réseaux, comptes refermés du jour au lendemain, ou au contraire activité nocturne anxieuse.
Émotion. Irritabilité inhabituelle, crises de larmes ou phrases comme "je ne sers à rien". Toute évocation de la mort ou du suicide doit être prise au sérieux : restez avec le jeune, contactez le 3114 et, en cas de danger immédiat, le 15 ou le 112.

Ce qu'il faut faire (et ne surtout pas faire)
Si vous êtes parent et que vous repérez plusieurs de ces signes...
Premier réflexe : ouvrir la porte sans la forcer. Pas d'interrogatoire. Une phrase posée, à un moment calme, type "j'ai l'impression que c'est dur en ce moment, je suis là quand tu veux en parler". Et tenir cette disponibilité dans la durée. Beaucoup d'ados mettent des semaines à se confier, parce qu'ils ont honte ou peur que vous interveniez "mal".
Quand la parole vient, ne jamais relativiser ("c'est rien", "moi aussi de mon temps"). Ne jamais blâmer la victime ("pourquoi tu réponds pas ?"). Ne jamais, jamais demander à votre enfant d'aller "s'expliquer" avec son ou ses harceleurs : c'est dangereux, et c'est exactement le contraire de ce que recommande le programme pHARe du ministère.
L'action passe par les adultes : CPE, professeur principal, direction. Pour demander conseil ou signaler une situation de harcèlement ou de cyberharcèlement, le 3018 est le numéro national unique, gratuit, anonyme et confidentiel.
Si tu es ado et que tu te reconnais en lisant ces lignes...
Ce n'est pas ta faute. Tu n'as rien fait pour mériter ça. Parler à un adulte de confiance n'est pas de la délation, c'est te protéger. Et si le premier adulte ne t'écoute pas, parle à un autre. Continue jusqu'à ce que quelqu'un t'entende. Quelqu'un t'entendra.



